Le débat est clos : l’humain est le grand responsable des changements climatiques

5 février 2007

Réunis toute la semaine à Paris, les membres du GIEC, Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat, ont déposé vendredi leur rapport final sur la tendance climatique actuelle. Première conclusion de l’élite des spécialistes du climat : l’humain est sans conteste l’auteur principal du réchauffement planétaire. C’est un premier rapport de l’organisation depuis 2001. Les scientifiques ont depuis affiné leurs méthodes d’analyse et la précision de leurs prédictions n’en est que plus grande. Beaucoup espèrent que ce rapport, la référence en matière de changements climatiques, poussera les décideurs à agir pour contrer la menace environnementale.

L’humain responsable des changements climatiques

La principale conclusion du GIEC est que l’activité humaine est maintenant indissociable du réchauffement planétaire en cours. En effet, les experts concluent, avec un taux d’exactitude de 90%, que les changements climatiques sont « très probablement » causés par l’humain. Il s’agit d’une précision des conclusions du précédent rapport (2001) du GIEC qui parlait d’un lien « probable » avec un taux d’exactitude allant de 66% à 90%. Cette thèse fait donc maintenant presque consensus dans la communauté scientifique et les autres causes naturelles hypothétiques du réchauffement comme les cycles de l’activité solaire paraissent n’avoir qu’un effet très limité sur les bouleversements environnementaux qui affectent la planète.

John Baird n’y croyait pas

Questionné par Radio-Canada sur le rapport du GIEC, le nouveau ministre fédéral de l’Environnement s’est dit « surpris » de la conclusion principale du groupe. On en déduit qu’avant la réunion environnementale de Paris, John Baird faisait donc partie de la mince frange des septiques qui doutaient de la responsabilité de l’activité humaine dans la menace climatique. On peut se questionner sur l’intérêt réel du ministre à lutter contre les changements climatiques si ce dernier doutait jusqu’à très récemment de la cause principale de la crise en cours.

Une hausse de 2°C à 4,5°C

L’augmentation la plus probable, dans le prochain siècle, de la température moyenne terrestre par rapport à l’ère préindustrielle (1750) se situerait dans un intervalle de 2°C à 4,5 °C, plus vraisemblablement 3°C. Elle a été de 1 °C au cours du dernier siècle. Cette prévision se veut plus précise que celle faite lors du dernier rapport du GIEC qui proposait des hausses de température potentielles dans une fourchette beaucoup plus grande de 1,4°C à 5,8°C.

Pour une première fois, le GIEC inclut des prévisions régionales à ses calculs. Aux latitudes nordiques, le réchauffement sera plus intense. Dans la vallée du Saint-Laurent par exemple, la hausse des températures serait d’environ 3-4°C alors que dans le grand nord canadien, elle pourrait dépasser les 10°C. Dans l’état actuel de la situation, on considère qu’il est devenu pratiquement impossible de stabiliser le climat sous une hausse de 2°C. Or, comme on l’apprenait dans le récent rapport de l’économiste Nicholas Stern (Voir Esquisses, Vol.1 N°4), cette augmentation, bien qu’en apparence minime, causerait des tords sérieux à la qualité de vie des humains et menacerait la biodiversité.

La fonte des glaciers et la hausse du niveau des mers

Les prédictions du GIEC au sujet de la hausse potentielle, par rapport à l’ère préindustrielle, du niveau des mers s’affinent. Cette dernière s’établirait entre 28 et 43 cm. La hausse serait d’ores et déjà de 17 cm selon certaines sources. Cette question est cruciale, car l’augmentation du niveau des océans pourrait entraîner le déplacement de millions de « réfugiés climatiques ».

Le GIEC a aussi rassemblé un nombre important d’études faisant état d’un retrait massif des glaciers à l’échelle mondiale. Selon le groupe, la fonte des glaciers serait trois fois plus rapide qu’elle ne l’était en 1980. On estime que les glaciers du monde ont, en moyenne, perdu 0,6 m de profondeur de glace. De plus, les 30 glaciers sous observation depuis 1980 auraient tous perdu environ 9,6 m. Comme on le sait, les glaciers sont une source d’eau potable pour nombre de populations.

L’inertie climatique

Une conclusion inquiétante du rapport du GIEC est que, le taux d’absorption naturelle du CO2 par les océans étant de beaucoup excédé, peu importe les actions entreprises par la communauté internationale, le réchauffement, quel qu’il soit, se maintiendra pour encore un millénaire. Ainsi, si l’activité humaine devenait aujourd’hui nulle, l’augmentation de 1°C de la température moyenne de la Terre que l’on observe depuis un siècle se maintiendrait sur une très longue période à l’échelle de l’Histoire de l’humanité. D’où l’absolue nécessité de stabiliser le climat à un niveau supportable. Le rapport Stern par exemple suggérait de tout mettre en œuvre pour stabiliser la concentration de CO2 dans l’atmosphère à 550 ppm limitant ainsi le réchauffement à 2°C. Dans le cas contraire, si la hausse des températures tend vers 4°C, d’autres méga phénomènes climatiques encore peu connus, la libération du méthane contenu au fond des océans ou piégé dans le pergélisol par exemple, pourraient faire basculer dramatiquement le climat. Il importe aussi de mentionner que le CO2 actuellement libéré prendra quelques années (environ 20 ans) avant que son influence sur l’effet de serre se fasse pleinement sentir. C’est l’inertie climatique.

Longtemps soutenue par le lobby pétrolier, la thèse selon laquelle les changements climatiques seraient d’origine naturelle ne tient plus. Face au constat implacable du GIEC, les décideurs doivent entreprendre des actions audacieuses pour stabiliser la concentration de CO2 à un niveau acceptable et éviter tout emballement du système climatique.

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