Recycler plus mais polluer davantage

5 février 2008

Article paru dans le journal français de l'université McGill, Le Délit

Recyclage

C'est cette année qu'arrive à terme la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008 (PQGMR) mise en place par le gouvernement du Québec, il y a 10 ans, afin d'augmenter significativement la proportion de matières résiduelles récupérée. Constat d'échec : bien qu'une plus grande part de nos biens de consommation soit maintenant récupérée, l'empreinte écologique des Québécois en matière d'enfouissement ne cesse de croître. Le fondement de cette apparente incohérence réside dans l'application imparfaite, à l'intérieur de la PQGMR, du principe hiérarchisé des 3R-V.

Objectifs initiaux

La précédente politique devait fixer à 65% le taux de valorisation des matières résiduelles à la grandeur du Québec en 2008. Or, les dernières analyses révèlent que, en 2006, cette proportion n'était toujours que de 52%; la marche sera donc haute pour atteindre les objectifs de la PQGMR cette année. Cependant, la principale déficience de l'approche gouvernementale ne se reflète pas dans la proportion de matières récupérées, mais bien dans la quantité absolue de biens de consommation produits qu'il faut traiter par la suite. Comme le notait Environnement Jeunesse par la voix de son directeur général Jérôme Normand, si la proportion de matières valorisables récupérée a augmentée de 10% en 10 ans, « la quantité totale de matières résiduelles générée est, pour sa part, passée de 8,89 mégatonnes à 12,95 mégatonnes pour la même période ». Le Québec conserve donc le triste titre de plus grand producteur mondial de poubelles avec un taux alarmant d'environ 1,7 tonne de matières résiduelles par habitant par année.

Suivre la hiérarchisation des 3R-V

C'est donc la réduction à la source qui a été gravement ignorée par la PQGMR. Or, il s'agit du premier principe, le plus important, des 3R-V (Réduire, Réemployer, Recycler, Valoriser). C'est face à ce constat que ce tiendront, le mois prochain, à Québec, les Consultations particulières sur la gestion des matières résiduelles organisées par la Commission des transports et de l'environnement. Se relaieront alors groupes écologistes, institutions, municipalités et entreprises qui présenteront aux parlementaires des propositions pour l'élaboration d'une nouvelle politique gouvernementale de gestion des matières résiduelles.

Pistes de solutions

Du côté des environnementalistes, on pense miser sur plusieurs points précis. En effet, les groupes écologistes songent à mettre de l'avant des cibles absolues de réduction de la quantité de déchets produits à l'aide, entres autres, de mesures pour lutter contre le suremballage. De plus, on recommanderait une gestion particulière des matières putrescibles - qui sont la première cause de la formation de biogaz dans les sites d'enfouissement et qui libèrent du lixivia susceptible de contaminer les eaux souterraines et de surface – en favorisant, entre autres, leur transformation en compost. La consignation des produits qu'il s'agisse de bouteilles de vin ou de résidus domestiques dangereux (RDD) serait aussi encouragée. Finalement, le mouvement écologiste viserait à diffuser et implanter le principe du cycle de vie (tenant compte de toute la durée de vie utile d'un produit, de sa fabrication à son élimination) par lequel les coûts de revalorisation ou d'élimination d'un produit seraient partagés entre le consommateur et le producteur.

Toute politique comme la PQGMR a cependant le défaut de se centrer essentiellement sur les sphères administrative et politique. Au bout compte, les gestes individuels demeurant le plus souvent exclus de toute législation, la sensibilisation et l'éducation relative à l'environnement devraient demeurer les éléments clés de pareilles entreprises.

Philippe Joly, Le Délit

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