Ignatieff discute de citoyenneté mondiale à Concordia

8 avril 2008

Article paru dans le journal français de l'université McGill, Le Délit

Ignatieff

Alors que leadership contesté de Stéphane Dion rend instable la situation du Parti libéral du Canada (PLC), c'est sur un ton non partisan, plus magistral, qu'a tenu à s'exprimer Michael Ignatieff lors d'une conférence présentée vendredi dernier à l'Université Concordia. L'ancien candidat à la direction du parti et député de Etobicoke-Lakeshore était invité par l'Union des étudiants de Concordia et la cellule universitaire du PLC à s'exprimer sur le thème de la citoyenneté mondiale.

Illustration (Rémi Dion, 2008) : Michael Ignatieff lors de la conférence du 4 avril 2008 à Concordia.

La conférence intitulée « Citoyenneté mondiale : illusion ou réalité? » tentait de mettre en lumière les ambiguïtés et les défis liés à l'avènement d'une société dont l'appartenance est à l'humanité entière et non seulement à l'état national. Ignatieff évoque au début de sa présentation que la génération montante est aujourd'hui plus consciente des enjeux internationaux. « Cela impose de nouveaux devoirs et responsabilités envers le monde. [...] Le sentiment d'appartenir à la race humaine se traduit par une plus grande fraternité [...] et au plan légal, cela se traduit dans les droits et libertés ».

L'ancien professeur de Havard précise cependant toute la difficulté de créer des droits universels. Les différences culturelles peuvent interférer dans cette définition. « Comment pouvons nous définir comme citoyens du monde si nous ne nous entendons même pas sur la liberté du mariage? » Il faisait ici référence à son ancien auxiliaire d'enseignement pakistanais qui disait être destiné à un mariage arrangé.

En ce moment, « l'appartenance humaine reste d'abord raciale ou religieuse ». Ignatieff rappelle comment les Balkans multiethniques qui connaissaient une relative stabilité pendant plusieurs décennies – la pression soviétique aidant, il faut cependant le souligner - ont soudain explosé dans les années 90 dans ce qui devint un des pires massacres ethniques de l'histoire récente de l'humanité.

« Une des choses que nous ne comprenons pas de nous-mêmes, [...] c'est que nos émotions sont le produit de l'histoire » poursuit Igniatieff. Les épisodes tragiques de l'histoire humaine ont façonné une nouvelle conscience universelle et ont affiné notre sensibilité à l'égard des enjeux mondiaux. Les tensions dans les Balkans ont par exemple conduit à la naissance du principe de « responsabilité de protéger » qui donne droit aux autres pays d'intervenir afin de stopper un conflit à l'intérieur d'un état incapable de le résorber lui-même ; une logique absente lors du génocide rwandais.

Ignatieff amène alors ce qui constitue probablement la thèse principale de sa conférence : « nous sommes à mi-chemin entre une citoyenneté nationale et citoyenneté mondiale ». Le député libéral soutient que ces deux appartenances ne sont pas contradictoires. « Sans attachement local, il n'y a pas d'attachement mondial. [...] Les valeurs universelles s'expriment dans les valeurs nationales ».

Il fait alors un parallèle entre la situation canadienne et la situation mondiale. Il y aurait, selon Ignatieff, trois niveaux de citoyenneté au Canada : les droits et libertés garantis par la constitution, le droit de préserver sa langue, sa culture et sa religion comme au Québec et, enfin, la liberté d'appartenance à l'un des trois groupes nationaux du Canada : les Premières Nations, le Canada et le Québec; une appartenance qui peut, selon le chef-adjoint de l'opposition officielle à Ottawa, être multiple et partagée.

À ce sujet, Ignatieff ne s'empêche pas de décocher une flèche aux indépendantistes québécois en affirmant que « la souveraineté impose un choix parmi les trois identités nationales du Canada ».

Michael Ignatieff conclue en faisant un plaidoyer en faveur d'une diffusion globale de la démocratie afin de permettre aux humains de d'abord s'approprier l'espace démocratique national avant de bâtir une citoyenneté mondiale.

Philippe Joly, Le Délit

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