Carnet d'Afrique : Correspondance du Togo

1er août 2008

Arrivée

Lomé, 25 mai

Dans les rues de LoméDans les rues de Lomé

C'est tout un choc d'arriver en Afrique. Au moment de descendre de l'avion, une bouffée d'air humide et dense nous envahit, nous frappe de plein fouet. Les masses d'air grises sont agitées au-dessus de nous, c'est la saison des pluies. Nous avons retrouvé Caroline et Fançois, le directeur de l'ADETOP, notre partenaire local. Nous nous empilons ensuite dans une camionnette d'une autre époque qui s'ébranle dans la soirée qui vient de commencer au Togo. Se mette alors a défiler des images irréelles. Une nuée de motocyclettes nous entourent et nous dépassent dans une anarchie fonctionnelle. Des vapeurs de diesel envahissent l'espace dans un brouillard bleu.

Sous nos yeux, la lueur du soir laisse transparaître une vie fourmillante : chaque parcelle sur le bord de la route est occupée par une table, un kiosque qui vend une petite bouffe, quelques bricoles. Les femmes font la cuisine, allument des feux. Tous les gens sont dans la rue, l'occupent, en prennent possession : une énergie pure qui défile, une bouffée d'humanité crue.

Après avoir affronté les routes de terres qui nous rien a envier a nos célèbres routes québécoises, nous arrivons finalement chez les frères du Sacré Coeur. L'endroit est étonnamment confortable , mieux que lors de notre formation en Beauce. Notre souper était d'ailleurs fort agréable, marqué par la musique qui émanait d'une fête voisine.

J'ai l'impression en ce moment de regarder un film noir et blanc et muet : a mesure que je m'empreigne de l'endroit, les couleurs commencent et les sons commencent a se dévoiler dans toute leur différence et leur beauté.


Minorité visible

Lomé, 25 mai 2008

Coco beachCoco Beach

Pour une première fois dans ma vie, je suis une minorité visible. L'homme blanc déteint dans ce paysage : il est maigre, ruisselle de sueur et manque de vivacité. La chaleur tape et écrase. Je ressens encore les effets du décalage horraire. Mon ventre ne cesse de balonner : trop d'éléments inconnus à assimiler.

En avant-midi, nous nous rendons au marché de Lomé. Cela me rappelle certains mauvais souvenirs de La Havane. Soudain, je ne suis plus que Yovo, le blanc, la bourse sur pattes au centre du marché. Tous les contacts sont faussés. Toutes les babioles me sont offertes avec une insistance qui témoigne de la misére de l'endroit. L'inflation est folle en Afrique de l'ouest : 1 dollar canadien donne 413 francs CFA. Nos transactions de millionnaires frôlent le ridicule.

En après-midi, nous arrivons à Coco Beach, plage un peu aisée en bordure de Lomé. Les vagues percutent la berge avec force. Me vient alors la constatation que cette mer, ces eaux agitées rappellant l'énergie de l'Afrique elle-même, est la même que celle qui frappe les côtes de mon Québec à des milliers de kilomètres de d'ici. Pourtant cette frontière physique que nous partageons sépare deux univers, deux espaces-tenps, en contradiction et surtout, démontre l'injustice absurde qui habite cette planète.


Regard plus posé

Kpalimé, 29 mai 2008

Marché de KpaliméMarché de Kpalimé

Voilà maintenant 4 jours que j'ai quitté Lomé pour Kpalimé, ville centrale de la préfecture de Kloto dans la région des plateaux au Togo. Quitter Lomé m'a fait énormément de bien. La densité de la capitale, sa polution, sa perception particulière des blancs m'avaient rendu inconfortable.

Après un voyage démentiel, frôlant les 100 km/h sur la route sinueuse togolaise, dans la vielle camionnette d'Alfa (notre chauffeur), nous arrivons dans la ville au bord des collines vertes de la région des Plateaux. Ici, je reprends mon souffle, tant physiquement que psychologiquement. Les maux de ventres, les étourdissements et la nausée ont disparus. Nous avons fait connaissance avec les gens de l'ADETOP (Association découverte du Togo profond) qui coordonne notre stage ; tous des gens fort sympathiques. Entre le Bar-restaurant Chez Lazard, l'Hôtel Évasion et les bureaux de l'ADÉTOP, je retrouve le goût de m'enivrer des images humaines de l'Afrique.

Depuis deux jours, des pluies torrentielles déferlent sur nous. Le ciel semble se déchirer à chaque fois dans un francas terrifiant. Des rivières spontannées nétoient les chemins de terres rouges de Kpalimé. Ce n'est que le début de la saison des pluies.

Aujourd'hui, nous avons enfin pris connaissance de nos stages et avons rencontré nos familles d'accueil. Je serai au village de Akpadapé avec Nadia et Yan, alors que les autres seront au village de Womé. Le projet à Akpadapé consistera à faire du reboisement, à aménager le dépotoire de façon sanitaire, à participer à la construction d'un puit et à aménager des rigoles afin de limiter la contamination de l'eau. Le stage semble en plein dans mes intérêts, il touche des questions environnementales fondamentales : j'ai vraiment hâte de débuter.

J'ai rencontré ma mère d'accueil. Marie. Grande, souriante, accueillante et possédant ce regard serein et tranquille qui frappe chez nombre de femmes africaines. Elle parle parfaitement français, ce qui réduit déjà passablement mes inquiétudes.

Demain, je quitte pour mon village. Je me sens de plus en plus en confiant. J'ai l'impression de prendre tranquillement le rythme africain. Les communications sont cependant extrêmement difficiles, c'est pourquoi je limiterai mes courriels et mes messages au minimum en les faisant les plus détaillés possibles. Malheureusement, il m'est techniquement impossible d'envoyer quelque photo que ce soit. Nous sommes une vingtaine à se partager un réseau fonctionnant sur une connexion téléphonique.


Mathias

Kpadapé, 30 mai 2008

MathiasMathias

Voyager en compagnie de ses amis à l'hôtel et au restaurant c'est comme découvrir une ville à bord d'une voiture. De votre fenêtre vous voyez les gens, les bâtiments, vous sentez quelques odeurs, mais vous restez intouchable, protégé derrière votre cage d'acier, dans un univers que vous connaissez bien.

Quand je suis arrivé à Kpadapé j'ai quitté cette voiture et c'est à pied que je sillonne les rues nouvelles qui se présentent à moi. Isolé, dépendant maintenant uniquement d'une famille étrangère, je suis frappé de plein fouet par les différences de la société togolaise. Au moment d'arriver, j'ai l'impression que tous les gestes du quotidien sont à revoir : de l'alimentation à la toilette et à l'hygiène personnelle.

Á mon arrivée à Kpadapé, c'est le vieux Mathias, mon père d'accueil, qui sera mon premier contact avec la famille africaine. Á lui seul, il aura contribué à me faire vivre le choc culturel (ou n'était-ce pas un choc de personnalité au fond?). Le vieux m'attrape par la main et me fait faire le tour du village. En une heure, nous rencontrons près de 50 personnes qui lui sont toutes parentes d'une façon ou d'une autre. Les prénoms déboulent dans ma tête, s'en jamais s'y loger : Il fait dire que l'alcool n'aide pas. En effet, avant de commencer notre tournée, Mathias me remplie un verre à ‘rabord' de vin (ici les gens exigent qu'il en soit ainsi pour être sûr d'en avoir pour leur argent). Et c'est donc à moitié soul que j'ai rencontré les gens du village.

Le vieux boit (le sodabi de préférence, le distillat du vin de palme), renifle le tabac, est à moitié sourd. Il est dûr de la feuille et nos conversations saccadées et répétées sont plus utilitaires qu'autre chose. Aujourd'hui, je prends cela avec humour, mais comme accueil ce fut réellement ce qu'on peut appeler le choc culturel.


Famille nucléaire

Kpadapé, 2 juin 2008

Famille TogoMa famille élargie

Après une semaine, aussi ridicule que ça puisse parraître, je ne sais toujours pas exactement qui compose ce qu'on pourrait appeler ma famille nucléaire, le noyau centrale de ma famille d'accueil. Á la maison, il y a toujours de l'activité, près d'une dizaine d'enfants en permanence, des invités et des amis. Comprendre les liens familliaux qui unissent les gens dans ce village ou tout le monde est parent s'avère être une tâche vraiment difficile.

Qu'importe en fait! Je trouve souvent refuge au près des jeunes et des enfants. Ils m'apprennent un peu d'éwé, on jamm avec les tam-tams et la guitare. Ici, en Afrique, on dirait que le rythme est inné. Même les jeunes enfants enchaînent des mélodies rythmiques d'une complexité impressionnante. Jouer de la musique me libère réellement et le contact privilégié que la musique me permet me rapproche des gens et de la culture locale.

Quant au projet, il va dans tous les sens. C'est qu'en fait, l'organisateur local Baba est décédé laissant place à une organisation brouillonne et dispersée.

Ici, comme dirait Kapuscinski dans ébène, la chaleur est plus qu'une énergie thermique : c'est un mode de vie, un rythme qui entre un peu en conflit avec nos attentes actuelles.


Kpadapé II

Kpadapé, 13 juin 2008

Puit TogoCreusage de puit

Dû à un léger contre-temps, je dois écourter ce message que j'aurais voulu long comme à l'habitude. Seulement, je veux vous dire que vais très bien et que le avance lentement, mais au moins il avance.

Cette semaine nous avons participé au creusage du puit : un travail extrêmement dangereux pour celui dans le fond (c'est l'ex futur ingénieur qui parle) - mais, ce n'était pas à nous de le faire, rassurez-vous.

Nous nous sommes contentés de sortir l'eau et la terre à l'aide d'une simple chaudière qui faisait l'aller-retour de 15 mètres de profondeur. Un travail fatiguant pour celui qui tire (Yan ou un autre employé) et ridiculement peu efficace. Mais bon, invoquer les tuyaux, la pompe hydrolique, la charpente et le système de poulies l'est tout autant en Afrique. Ici, le travail acharné reste toujours la solution la plus économique.

En fin de semaine, nous allons à Kouma Konda, petit village de montagnes. Ça va rafraichir les idées : dans les villages (Kpadapé et Womé), la fin de semaine, c'est l'inertie complète.

Á bientôt.


Kouma Konda & Kpadapé III

Kpadapé, 27 juin 2008

Kouma KondaKouma Konda

En raison de certaines difficultés techniques dont a souffert mon serveur, mon carnet de voyage a été temporairement indisponible et je n'ai pu le mettre à jour. Tout semble rentré dans l'ordre maintenant.

Aujourd'hui, je suis encore limité dans le temps, mais je voulais vous dire que très bien.

Kouma Konda était un village magnifique. Nous y avons fait une belle petite randonnée dans la forêt subtropicale. La richesse végétale est incroyable ici : dûr de comprendre que des gens peinent à manger quand même.

Á Kpadapé, le projet progresse lentement. Nous avons commencé à creuser la rigole à côté du dépotoire et nous entamons la maçonnerie. Cependant, comme c'est la saison des pluies et qu'il pleut tous les jours, ils nous est difficile de travailler. Et encore! Le pic de la saison des pluies est en août.

Cette fin de semaine, je vais dans le nord du Togo. Contrée mystique du peuple Kabiyé au rites de passage extrêmes et aux traditions anciennes. Nous irons visiter la vallée des Tabermans ou dominent des chateaux de terre cuite. Nous ferons aussi un arrêt à Sarakawa, une réserve faunique dans laquelle, si nous sommes chanceux, nous verrons lions et antilopes.

Á bientôt.


Kara

Kara, 3 juillet 2008

Femme dans la Vallée des TabermansFemme dans la Vallée des Tabermans

Le 28 juin, nous quittons nos villages pour partir en direction du nord, le pays des Kabiyés. Á bord de la camionnette d'Alfa, nous sillonnons pendant plus de cinq heures les grandes du routes du Togo. Dehors, la Région des plateaux marquée par ses collines verdoyantes laisse graduellement place à de vastes plaines parsemées d'arbres épars.

Nous logeons à Kara, troisième ville en importance au Togo après Lomé et Sokodé. Le lendemain de notre arrivée, nous reprenons la route pour une journée bien remplie.

En avant-midi, nous visitons d'abord une forge traditionnelle. Il faut le dire crûment : la technique utilisée n'est même pas comparable aux forges médiévales. Avec deux sacs en peau de chèvre, une femme pompe sans relâche l'air qui alimentera un feu de charbon. Une pièce de métal récupérée d'une vieille voiture commence à rougir à l'intérieur du combustible incandescent. Puis, le forgeron la retire du feu et un autre homme tape violemment sur la pièce avec un simple bloc de granit. Pendant trois heures, ils répéteront le processus pour enfin obtenir une tête de pelle qu'ils vendront 6000 FCFA (environ 15 dollars).

Après un bref passage dans un atelier de poterie, nous dirigeons vers la vallée des Tabermans. Dans la langue locale, « taberman » signifie maître forgeron. Les Tabermans ont construit à l'époque des premières colonisations africaines de véritables petits châteaux d'argile dotés de tourelles et de meurtrières. L'intrus qui s'aventure dans le portique du château est alors criblé de flèches venant du plafond et des murs. La construction servait aussi à se protéger des animaux sauvages (éléphants entre autres) qui affluaient autrefois dans cette région.

Ici, le concept de « Togo profond » prend un tout autre sens. En parcourant les routes du Nord, on découvre des villages traditionnels formés de petites huttes de terre au toit de paille. Le paysage de la vallée des Tabermans est à couper le souffle et semble sorti d'une autre univers. De vastes collines dominent des savanes magnifiques.

Cependant, les conditions de vie ici sont beaucoup plus difficiles que dans nos villages. La dispersion des villages isole les communautés qui ne vivent que d'une agriculture de subsistance. Sur le bord de la route, les enfants sont toujours souriants mais sont vêtus de loques et marchent pied nu. Certains ont le ventre gonflé typique des affamés.

Enfin, vers 16h00 nous nous rendons au Parc Sarakawa, une nouvelle réserve faunique au Nord du Togo. Á bord d'un "pick-up flambant neu" nous avons sillonné le Parc pendant 1h30. Quelques découvertes : antilopes, gnous et zèbres.

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