Carnet d’Afrique

Correspondance du Togo du 23 mai au 1er août

Archive for mai, 2008


De Lomé à Kpalimé

Retour en arrière…

Minorité visible - Lomé, 25 mai

Pour une première fois dans ma vie, je suis une minorité visible. L’homme blanc déteint dans ce paysage : il est maigre, ruissèle de sueur et manque de vivacité. La chaleur tape et écrase. Je ressens encore les effets du décalage horraire. Mon ventre ne cesse de balonner : trop d’éléments inconnus à assimiler.

En avant-midi, nous nous rendons au marché de Lomé. Cela me rappelle certains mauvais souvenirs de La Havane. Soudain, je ne suis plus que Yovo, le blanc, la bourse sur pattes au centre du marché. Tous les contacts sont faussés. Toutes les babioles me sont offertes avec une insistance qui témoigne de la misére de l’endroit. L’inflation est folle en Afrique de l’ouest : 1 dollar canadien donne 413 francs CFA. Nos transactions de millionnaires frôlent le ridicule.

La mer - Lomé, 25 mai

En après-midi, nous arrivons à Coco Beach, plage un peu aisée en bordure de Lomé. Les vagues percutent la berge avec force. Me vient alors la constatation que cette mer, ces eaux agitées rappellant l’énergie de l’Afrique elle-même, est la même que celle qui frappe les côtes de mon Québec à des milliers de kilomètres de d’ici. Pourtant cette frontière physique que nous partageons sépare deux univers, deux espaces-tenps, en contradiction et surtout, démontre l’injustice absurde qui habite cette planète.

Regard plus posé - Kpalimé, 29 mai

Voilà maintenant 4 jours que j’ai quitté Lomé pour Kpalimé, ville centrale de la préfecture de Kloto dans la région des plateaux au Togo. Quitter Lomé m’a fait énormément de bien. La densité de la capitale, sa polution, sa perception particulière des blancs m’avaient rendu inconfortable.

Après un voyage démentiel, frôlant les 100 km/h sur la route sinueuse togolaise, dans la vielle camionnette d’Alfa (notre chauffeur), nous arrivons dans la ville au bord des collines vertes de la région des Plateaux. Ici, je reprends mon souffle, tant physiquement que psychologiquement. Les maux de ventres, les étourdissements et la nausée ont disparus. Nous avons fait connaissance avec les gens de l’ADETOP (Association découverte du Togo profond) qui coordonne notre stage ; tous des gens fort sympathiques. Entre le Bar-restaurant Chez Lazard, l’Hôtel Évasion et les bureaux de l’ADÉTOP, je retrouve le goût de m’enivrer des images humaines de l’Afrique.

Depuis deux jours, des pluies torrentielles déferlent sur nous. Le ciel semble se déchirer à chaque fois dans un francas terrifiant. Des rivières spontannées nétoient les chemins de terres rouges de Kpalimé. Ce n’est que le début de la saison des pluies.

Aujourd’hui, nous avons enfin pris connaissance de nos stages et avons rencontré nos familles d’accueil. Je serai au village de Akpadapé avec Nadia et Yan, alors que les autres seront au village de Womé. Le projet à Akpadapé consistera à faire du reboisement, à aménager le dépotoire de façon sanitaire, à participer à la construction d’un puit et à aménager des rigoles afin de limiter la contamination de l’eau. Le stage semble en plein dans mes intérêts, il touche des questions environnementales fondamentales : j’ai vraiment hâte de débuter.

J’ai rencontré ma mère d’accueil. Marie. Grande, souriante, accueillante et possédant ce regard serein et tranquille qui frappe chez nombre de femmes africaines. Elle parle parfaitement français, ce qui réduit déjà passablement mes inquiétudes.

Demain, je quitte pour mon village. Je me sens de plus en plus en confiant. J’ai l’impression de prendre tranquillement le rythme africain. Les communications sont cependant extrêmement difficiles, c’est pourquoi je limiterai mes courriels et mes messages au minimum en les faisant les plus détaillés possibles. Malheureusement, il m’est techniquement impossible d’envoyer quelque photo que ce soit. Nous sommes une vingtaine à se partager un réseau fonctionnant sur une connection téléphonique.

À bientôt.

Arrivée

C’est tout un choc d’arriver en Afrique. Au moment de descendre de l’avion, une bouffée d’air humide et dense nous envahit, nous frappe de plein fouet. Les masses d’air grises sont agitées au-dessus de nous, c’est la saison des pluies. Nous avons retrouvé Caroline et Fançois, le directeur de l’ADÉTOP, notre partenaire local. Nous nous empilons ensuite dans une camionnette d’une autre époque qui s’ébranle dans la soirée qui vient de commencer au Togo. Se mette alors a défiler des images irréelles. Une nuée de motocyclettes nous entourent et nous dépassent dans une anarchie fonctionnelle. Des vapeurs de diesel envahissent l’espace dans un brouillard bleu.

Sous nos yeux, la lueur du soir laisse transparaître une vie fourmillante : chaque parcelle sur le bord de la route est occupée par une table, un kiosque qui vend une petite bouffe, quelques bricoles. Les femmes font la cuisine, allument des feux. Tous les gens sont dans la rue, l’occupent, en prennent possession : une énergie pure qui défile, une bouffée d’humanité crue.

Après avoir affronté les routes de terres qui nous rien a envier a nos célèbres routes québécoises, nous arrivons finalement chez les frères du Sacré Coeur. L’endroit est étonnamment confortable , mieux que lors de notre formation en Beauce. Notre souper était d’ailleurs fort agréable, marqué par la musique qui émanait d’une fête voisine.

J’ai l’impression en ce moment de regarder un film noir et blanc et muet : a mesure que je m’empreigne de l’endroit, les couleurs commencent et les sons commencent a se dévoiler dans toute leur différence et leur beauté.

Le départ approche

Plus que trois jours avant le départ. Je fignole les derniers détails, prépare ma liste de voyage, fait sans cesse l’aller-retour chez MEC et je mets en ligne ce qui deviendra mon carnet de voyage, mon carnet d’Afrique.

Les communications seront probablement difficiles, mais je devrais être en mesure de publier un article par semaine pour vous tenir informés de mon aventure africaine.