Voyager en compagnie de ses amis à l’hôtel et au restaurant c’est comme découvrir une ville à bord d’une voiture. De votre
fenêtre vous voyez les gens, les bâtiments, vous sentez quelques odeurs, mais vous restez intouchable, protégé derrière votre
cage d’acier, dans un univers que vous connaissez bien.
Quand je suis arrivé à Kpadapé j’ai quitté cette voiture et c’est à pied que je sillonne les rues nouvelles qui se présentent
à moi. Isolé, dépendant maintenant uniquement d’une famille étrangère, je suis frappé de plein fouet par les différences de
la société togolaise. Au moment d’arriver, j’ai l’impression que tous les gestes du quotidien sont à revoir : de
l’alimentation à la toilette et à l’hygiène personnelle.
Mathias - Kpadapé, 30 mai
À mon arrivée à Kpadapé, c’est le vieux Mathias, mon père d’accueil, qui sera mon premier contact avec la famille africaine.
À lui seul, il aura contribué à me faire vivre le choc culturel (ou n’était-ce pas un choc de personnalité au fond?). Le
vieux m’attrape par la main et me fait faire le tour du village. En une heure, nous rencontrons près de 50 personnes qui lui
sont toutes parentes d’une façon ou d’une autre. Les prénoms déboulent dans ma tête, s’en jamais s’y loger : Il fait dire
que l’alcool n’aide pas. En effet, avant de commencer notre tournée, Mathias me remplie un verre à ‘rabord’ de vin (ici les
gens exigent qu’il en soit ainsi pour être sûr d’en avoir pour leur argent). Et c’est donc à moitié soul que j’ai rencontré
les gens du village.
Le vieux boit (le sodabi de préférence, le distillat du vin de plame), reniffle le tabac, est à moitié sourd. Il est dûr de
la feuille et nos conversations saccadées et répétées sont plus utilitaires qu’autre chose. Aujourd’hui, je prends cela avec
humour, mais comme accueil ce fut réellement ce qu’on peut appeler le choc culturel.
Famille nucléaire - kpadapé, 2 juin
Après une semaine, aussi ridicule que ça puisse parraître, je ne sais toujours pas exactement qui compose ce qu’on pourrait appeler ma famille nucléaire, le noyau centrale de ma famille d’accueil. À la maison, il y a toujours de l’activité, près d’une dizaine d’enfants en permanence, des invités et des amis. Comprendre les liens familliaux qui unissent les gens dans ce village ou tout le monde est parent s’avère être une tâche vraiment difficile.
Qu’importe en fait! Je trouve souvent refuge au près des jeunes et des enfants. Ils m’apprennent un peu d’éwé, on jamm avec les tam-tams et la guitare. Ici, en Afrique, on dirait que le rythme est inné. Même les jeunes enfants enchaînent des mélodies rythmiques d’une complexité impressionnante. Jouer de la musique me libère réellement et le contact privilégié que la musique me permet me rapproche des gens et de la culture locale.
Chaleur et organisation africaine - kpadapé, 5 juin
Quant au projet, il va dans tous les sens. C’est qu’en fait, l’organisateur local Baba est décédé laissant place à une organisation brouillonne et dispersée.
Ici, comme dirait Kapuscinski dans ébène, la chaleur est plus qu’une énergie thermique : c’est un mode de vie, un rythme qui entre un peu en conflit avec nos attentes actuelles.