Carnet d’Afrique

Correspondance du Togo du 23 mai au 1er août

Archive for juin, 2008


Kouma Konda & Kpadapé III

En raison de certaines difficultés techniques dont a souffert mon serveur, mon carnet de voyage a été temporairement indisponible et je n’ai pu le mettre à jour.  Tout semble rentré dans l’ordre maintenant.

Aujourd’hui, je suis encore limité dans le temps, mais je voulais vous dire que très bien.

Kouma Konda était un village magnifique.  Nous y avons fait une belle petite randonnée dans la forêt subtropicale.  La richesse végétale est incroyable ici : dûr de comprendre que des gens peinent à manger quand même.

À Kpadapé, le projet progresse lentement.  Nous avons commencé à creuser la rigole à côté du dépotoire et nous entamons la maçonnerie.  Cependant, comme c’est la saison des pluies et qu’il pleut tous les jours, ils nous est difficile de travailler.  Et encore!  Le “pic” de la saison des pluies est en août.

Cette fin de semaine, je vais dans le nord du Togo.  Contrée mystique
du peuple Kabiyé au rites de passage extrêmes et aux traditions
anciennes.  Nous irons visiter la vallée des Tabermans ou dominent des
chateaux de terre cuite.  Nous ferons aussi un arrêt à Sarakawa, une
réserve faunique dans laquelle, si nous sommes chanceux, nous verrons
lions et antilopes.

À bientôt.

Kpadapé II

Dû à un léger contre-temps, je dois écourter ce message que j’aurais voulu long comme à l’habitude.  Seulement, je veux vous dire que vais très bien et que le  avance lentement, mais au moins il avance.

Cette semaine nous avons participé au creusage du puit : un travail extrêmement dangereux pour celui dans le fond (c’est l’ex futur ingénieur qui parle) - mais, ce n’était pas à nous de le faire, rassurez-vous.

Nous nous sommes contentés de sortir l’eau et la terre à l’aide d’une simple chaudière qui faisait l’aller-retour de 15 mètres de profondeur. Un travail fatiguant pour celui qui tire (Yan ou un autre employé) et ridiculement peu efficace.  Mais bon, invoquer les tuyaux, la pompe hydrolique, la charpente et le système de poulies l’est tout autant en Afrique.  Ici, le travail acharné reste toujours la solution la plus économique.

En fin de semaine, nous allons à Kouma Konda, petit village de montagnes.  Ça va rafraichir les idées : dans les villages (Kpadapé et Womé), la fin de semaine, c’est l’inertie complète.

À bientôt.

Kpadapé I

Voyager en compagnie de ses amis à l’hôtel et au restaurant c’est comme découvrir une ville à bord d’une voiture.  De votre

fenêtre vous voyez les gens, les bâtiments, vous sentez quelques odeurs, mais vous restez intouchable, protégé derrière votre

cage d’acier, dans un univers que vous connaissez bien.

Quand je suis arrivé à Kpadapé j’ai quitté cette voiture et c’est à pied que je sillonne les rues nouvelles qui se présentent

à moi.  Isolé, dépendant maintenant uniquement d’une famille  étrangère, je suis frappé de plein fouet par les différences de

la société togolaise.  Au moment d’arriver, j’ai l’impression que tous les gestes du quotidien sont à revoir : de

l’alimentation à la toilette et à l’hygiène personnelle.

Mathias - Kpadapé, 30 mai

À mon arrivée à Kpadapé, c’est le vieux Mathias, mon père d’accueil, qui sera mon premier contact avec la famille africaine.

À lui seul, il aura contribué à me faire vivre le choc culturel (ou n’était-ce pas un choc de personnalité au fond?).  Le

vieux m’attrape par la main et me fait faire le tour du village.  En une heure, nous rencontrons près de 50 personnes qui lui

sont toutes parentes d’une façon ou d’une autre.  Les prénoms déboulent dans ma tête, s’en jamais s’y loger : Il fait dire

que l’alcool n’aide pas.  En effet, avant de commencer notre tournée, Mathias me remplie un verre à ‘rabord’ de vin (ici les

gens exigent qu’il en soit ainsi pour être sûr d’en avoir pour leur argent).  Et c’est donc à moitié soul que j’ai rencontré

les gens du village.

Le vieux boit (le sodabi de préférence, le distillat du vin de plame), reniffle le tabac, est à moitié sourd.  Il est dûr de

la feuille et nos conversations saccadées et répétées sont plus utilitaires qu’autre chose.  Aujourd’hui, je prends cela avec

humour, mais comme accueil ce fut réellement ce qu’on peut appeler le choc culturel.

Famille nucléaire - kpadapé, 2 juin

Après une semaine, aussi ridicule que ça puisse parraître, je ne sais toujours pas exactement qui compose ce qu’on pourrait appeler ma famille nucléaire, le noyau centrale de ma famille d’accueil.  À la maison, il y a toujours de l’activité, près d’une dizaine d’enfants en permanence, des invités et des amis.  Comprendre les liens familliaux qui unissent les gens dans ce village ou tout le monde est parent s’avère être une tâche vraiment difficile.

Qu’importe en fait!  Je trouve souvent refuge au près des jeunes et des enfants.  Ils m’apprennent un peu d’éwé, on jamm avec les tam-tams et la guitare.  Ici, en Afrique, on dirait que le rythme est inné.  Même les jeunes enfants enchaînent des mélodies rythmiques d’une complexité impressionnante. Jouer de la musique me libère réellement et le contact privilégié que la musique me permet me rapproche des gens et de la culture locale.

Chaleur et organisation africaine - kpadapé, 5 juin

Quant au projet, il va dans tous les sens.  C’est qu’en fait, l’organisateur local Baba est décédé laissant place à une organisation brouillonne et dispersée.

Ici, comme dirait Kapuscinski dans ébène, la chaleur est plus qu’une énergie thermique : c’est un mode de vie, un rythme qui entre un peu en conflit avec nos attentes actuelles.