Retour en arrière…
Minorité visible - Lomé, 25 mai
Pour une première fois dans ma vie, je suis une minorité visible. L’homme blanc déteint dans ce paysage : il est maigre, ruissèle de sueur et manque de vivacité. La chaleur tape et écrase. Je ressens encore les effets du décalage horraire. Mon ventre ne cesse de balonner : trop d’éléments inconnus à assimiler.
En avant-midi, nous nous rendons au marché de Lomé. Cela me rappelle certains mauvais souvenirs de La Havane. Soudain, je ne suis plus que Yovo, le blanc, la bourse sur pattes au centre du marché. Tous les contacts sont faussés. Toutes les babioles me sont offertes avec une insistance qui témoigne de la misére de l’endroit. L’inflation est folle en Afrique de l’ouest : 1 dollar canadien donne 413 francs CFA. Nos transactions de millionnaires frôlent le ridicule.
La mer - Lomé, 25 mai
En après-midi, nous arrivons à Coco Beach, plage un peu aisée en bordure de Lomé. Les vagues percutent la berge avec force. Me vient alors la constatation que cette mer, ces eaux agitées rappellant l’énergie de l’Afrique elle-même, est la même que celle qui frappe les côtes de mon Québec à des milliers de kilomètres de d’ici. Pourtant cette frontière physique que nous partageons sépare deux univers, deux espaces-tenps, en contradiction et surtout, démontre l’injustice absurde qui habite cette planète.
Regard plus posé - Kpalimé, 29 mai
Voilà maintenant 4 jours que j’ai quitté Lomé pour Kpalimé, ville centrale de la préfecture de Kloto dans la région des plateaux au Togo. Quitter Lomé m’a fait énormément de bien. La densité de la capitale, sa polution, sa perception particulière des blancs m’avaient rendu inconfortable.
Après un voyage démentiel, frôlant les 100 km/h sur la route sinueuse togolaise, dans la vielle camionnette d’Alfa (notre chauffeur), nous arrivons dans la ville au bord des collines vertes de la région des Plateaux. Ici, je reprends mon souffle, tant physiquement que psychologiquement. Les maux de ventres, les étourdissements et la nausée ont disparus. Nous avons fait connaissance avec les gens de l’ADETOP (Association découverte du Togo profond) qui coordonne notre stage ; tous des gens fort sympathiques. Entre le Bar-restaurant Chez Lazard, l’Hôtel Évasion et les bureaux de l’ADÉTOP, je retrouve le goût de m’enivrer des images humaines de l’Afrique.
Depuis deux jours, des pluies torrentielles déferlent sur nous. Le ciel semble se déchirer à chaque fois dans un francas terrifiant. Des rivières spontannées nétoient les chemins de terres rouges de Kpalimé. Ce n’est que le début de la saison des pluies.
Aujourd’hui, nous avons enfin pris connaissance de nos stages et avons rencontré nos familles d’accueil. Je serai au village de Akpadapé avec Nadia et Yan, alors que les autres seront au village de Womé. Le projet à Akpadapé consistera à faire du reboisement, à aménager le dépotoire de façon sanitaire, à participer à la construction d’un puit et à aménager des rigoles afin de limiter la contamination de l’eau. Le stage semble en plein dans mes intérêts, il touche des questions environnementales fondamentales : j’ai vraiment hâte de débuter.
J’ai rencontré ma mère d’accueil. Marie. Grande, souriante, accueillante et possédant ce regard serein et tranquille qui frappe chez nombre de femmes africaines. Elle parle parfaitement français, ce qui réduit déjà passablement mes inquiétudes.
Demain, je quitte pour mon village. Je me sens de plus en plus en confiant. J’ai l’impression de prendre tranquillement le rythme africain. Les communications sont cependant extrêmement difficiles, c’est pourquoi je limiterai mes courriels et mes messages au minimum en les faisant les plus détaillés possibles. Malheureusement, il m’est techniquement impossible d’envoyer quelque photo que ce soit. Nous sommes une vingtaine à se partager un réseau fonctionnant sur une connection téléphonique.
À bientôt.
Du 23 mai au 1er août, je serai au Togo, en Afrique de l'Ouest, pour un stage en développement durable organisé par Oxfam Québec.